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Santé publique : Les aliments de rue, une foire aux microbes

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Au Bénin, l’alimentation de rue est une pratique quotidienne. Perçue comme une facilitée, cette forme d’alimentation est à l’origine de nombreuses infections.

Célestin Padonou n’est pas prêt d’oublier la dernière visite de la vendeuse ambulante de riz dans son atelier à Fifadji, dans le 10ème arrondissement de Cotonou. « J’ai senti de violentes douleurs gastriques après avoir consommé le riz qu’elle venait de me servir. J’ai dû me rendre à l’hôpital pour me faire soigner », se souvient ce trentenaire avec un brin d’amertume dans le regard. Menuisier de formation, Célestin Padonou est un habitué de l’alimentation de rue à l’instar de nombre de béninois notamment des zones urbaines. « J’habite à Togba à environ quinze kilomètres de mon lieu de travail. Je ne peux donc pas me rendre à la maison à midi pour le déjeuner », explique-t-il, résigné.

Aliou Moustapha, étudiant en 3ème année de Sociologie-Anthropologie à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC), justifie son choix de cette forme d’alimentation par une autre raison. « J’habite seul et quand je ne suis pas sur le campus, je trouve fatiguant de faire à manger », explique-t-il. Ainsi, nombre de béninois ont recours à cette forme d’alimentation définie par le Fonds des nations Unies pour l’alimentation (FAO) comme « des aliments prêts à être consommés et vendus par les vendeurs ambulants, semis-fixes, ou fixes dans les rues ou dans les lieux publics».

L’attrait de l’alimentation de rue réside aussi dans les prix pratiqués par les vendeuses ambulantes, selon Félicien Katcha. « Les aliments proposés en bordure de rue sont moins chers et donc plus accessibles pour nous qui peinons à joindre les deux bouts », explique le docker au Port autonome de Cotonou. Cette situation est ainsi accentuée par l’urbanisation galopante qu’enregistre le Bénin. Au plan sanitaire, elle a plusieurs conséquences qui se traduisent par les maladies qui s’y développent.

Un nid de maladies

« Après les analyses à l’hôpital Saint Jean de Cotonou, il m’a été dit que la diarrhée dont je souffrais était la conséquence de la consommation de repas avariés. Je me suis immédiatement souvenu d’avoir consommé la pâte noire auprès d’une vendeuse quelques heures avant les douleurs qui m’ont conduit à l’hôpital. Elle vendait dans un environnement sale », témoigne le« Zémidjan » Franck Tadé. A en croire les explications du nutritionniste au Centre national hospitalier urbain Hubert Maga (CNHU) Médard Tognissè, les aliments de rue posent de graves problèmes d’hygiène. Cela est dû, selon lui, à l’inobservance des règles élémentaires de propreté dans la préparation, la vente et la consommation de ces mets. « Cette forme d’alimentation expose les populations à plusieurs types de maladies telles que la fièvre typhoïde, les maux de ventre, les hépatites B et C et souvent même la tuberculose, explique-t-il. Il précise que l’épidémie de choléra que nous avons enregistrée au cours de l’année dernière provient surtout de l’insalubrité des mets consommés ». Ainsi, selon ses propos, la négligence des vendeuses exposent les produits alimentaires aux mouches, à la poussière et aux bactéries. Cet avis est partagé par Djivo Pie de la Direction de l’hygiène et de l’assainissement du Ministère de la santé du Bénin (DHAB). Selon ses explications, l’alimentation de rue expose d’autant plus ses manipulatrices sont peu sensibilisées aux règles d’hygiène nécessaires pour garantir la santé des populations. « Beaucoup de restauratrices évoluent dans des environnements malsains, servent à leurs clients de l’eau impure, utilisent des produits périmés dans la préparation des repas… », énumère ainsi Djivo Pie pour attester des dangers encourus avec cette forme d’alimentation. Le Professeur Benjamin Fayomi de l’Institut des sciences biomédicales appliquées (ISBA) de Cotonou confie que les populations s’exposent à de graves maladies en raison de la toxicité de certains aliments utilisés par les vendeuses ambulantes. Selon ce spécialiste qui a mené une étude sur le principal site maraîcher de Cotonou, « la majorité des céréales, fruits et légumes (carottes, choux, salades) etc. consommés par les cotonois sont produits avec l’usage exagéré d’engrais et pesticides ». C’est ce qu’a souligné le Dr Gerson Tamakloé de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans son « Analyse de la salubrité des aliments» qui a permis de mettre en lumière les risques inhérents à cette forme d’alimentation. Interpellée par cette situation, la Ligue béninoise de défense des consommateurs (LBDC) s’investit, aux dires de sa secrétaire générale, à sensibiliser les populations sur les méfaits de l’alimentation de rue. « Nous organisons régulièrement des émissions et des campagnes pour éduquer les populations et interpeller les vendeuses sur la nécessité de veiller à la salubrité de ce qu’elles offrent aux consommateurs », confie ainsi Danielle Pliya Tévoèdjré. La DHAB mène également plusieurs actions dans ce sens, selon Djivo Pie. « En collaboration avec les agents de la police sanitaire, nous faisons de temps en temps déguerpir des vendeuses. Nous n’hésitons pas parfois à fermer des lieux de restauration ne respectant pas les normes exigées en la matière par le Ministère de la santé », explique-t-il.

Pour une meilleure lutte contre les risques d’infections liés aux aliments de rue, les défenseurs des droits des consommateurs pointent du doigt la responsabilité des pouvoirs publics. « Aucun moyen n’est plus sûr pour éviter les maladies d’origine alimentaire qu’une vigilance accrue », fait cependant observer Danielle Pliya Tévoèdjré de la LBDC.

Reportage réalisée par Jean-claude Dossa

Ulvaeus BALOGOUN

Journaliste Multimédia, DIRECTEUR GENERAL

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